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Tout en respectant l' obligation de réserve à laquelle je suis tenu- je répondrai par mails aux amis curieux d' en savoir plus!- , je vais malgré tout vous donner un petit aperçu du contenu de ma mission à Mayotte...
Cycle de boulot en 3/3, principalement de nuit ce qui donne de suite un autre "charme" aux conditions de travail! Longues vacations en mer de 11h minimum, avec le risque d' avoir un écho radar suspect lors du retour au port...et retourner à l' autre bout de l' île, c' est minimum 3 bonnes heures de navigation en plus alors qu' on pensait être au lit en voyant les lumières du port!!!
Les horaires sont connus la veille pour le lendemain et changent souvent le jour même avec parfois des rappels immédiats lorsqu' un écho vraiment sûr est signalé en provenance des Comores...Bref, sur le cycle de boulot, interdit de quitter Petite- Terre, et de s' éloigner du téléphone! Petite nostalgie CRS !
Les 3 jours de repos ne sont pas de trop surtout que la première journée est passée en bonne partie au lit pour récupérer, malgré chaleur du jour et le côté bruyant de l' île...heureusement que notre coin reste plutôt tranquille, et que la mosquée est à distance respectable...certains collègues finissent par déménager car 5 appels à la prière par jour ça fait du bruit...surtout celui de 5h du mat !!!
Pour résumer le boulot d' interception de nuit en mer des barques de clandestins...
Conditions de sécurités nulles: barques en plastique de 7 m avec deux moteurs de 15 cv dont un lache toujours au cours des 80km de mer depuis les Comores...entassés à 30 minimum, hommes, femmes et à chaque fois plusieurs enfants voire régulièrement des nourrissons ou femmes enceintes venant pour accoucher à Mayotte...
L' endroit est ici comparé à un grand cimetière marin...si les moteurs lachent avant Mayotte, ou si le passeur négocie mal l' entrée dans le lagon en ratant les quelques passes très techniques et fracasse sa barque sur la barrière de corail et ses rouleaux...comme un jour ou l' on a été rappelés dans la nuit pour un naufrage...et récupérés la barque vide, moteurs arrachés...seul un pêcheur témoin du drame avait pu sauver 4 personnes...
Quant ça se passe "bien" pour eux...enfin même si on les intercepte! toute la manoeuvre se fait au projecteur, mise à couple de leur barque à notre embarcation, transfèrement des passagers et passeurs- attention à la houle et au trou entre les deux navires, avec les gros et grosses, ou surtout les bébés...- et gaffe à qu' ils se lèvent pas tous sur leur frèle barque sous peine de chavirer...pas bon vu leur niveau en natation...
Lorsque tout le monde est mis en sécurité, un ou deux "punis" de chez nous a l' honneur de ramener leur barque au port, aux fins de destruction juduciaire.
Selon le lieu d' interception, surtout si c' est en dehors du lagon, ça fait minimum 3 ou 4 heures de navigation à la barre franche du petit mais bruyant moteur hors- bord, qui tombe parfois en panne, d' ou remorquage par notre embarcation ce qui ralentit encore le retour, et complique la manoeuvre faite dans la nuit noire! Au mieux à la faveur de la pleine lune!
Un petit mot sur le retour en barque...parfois seul à bord, c' est long et de nuit sans GPS faut pas que le bateau devant te distance trop car à par les étoiles er la lune, aucun repère... la barque des clandestins est rarement 4* : c' est les pieds dans le mélange essence et je-ne-sais-quoi qui traine au fond (je préfère pas savoir d' ailleurs, même si vous avez une idée, ne me dites rien!), vieux sacs pleins d' affaires persos, jolies chaussures fashion-tendance-hype et tongs made in Comores, réservoirs encore pleins d' essence histoire de rentrer jusqu' au port! Ils sont sympas les passeurs hein?
Et puis sur le dernier que j' ai ramené pas plus tard que mardi dans la nuit, j' avais même deux innocentes biquettes qui ont été bien sages sur le trajet retour...quant c' est des zébus pattes liées et qui ont des envies pressantes, c' est pas la même!
Désolé pour les adhérents à la SPA...à l' arrivée, c' est l' euthanasie pour les animaux...
En général, les interceptions se passent jamais comme il faudrait...liste des petites surprises survenues: panne éléctrique au moment de l' interception donc plus de projecteur...début de stress des deux cotés!...moteurs du kwassa (nom local des barques de clandestins!) en panne et pas d' anneau de remorquage, donc obligés de trouer la coque au poignard pour y passer un cordage afin de la ramener!... lors du trajet retour moteur qui faiblit jamais au bon endroit et au bon moment (passes, proximité du récif et bruit des vagues au loin dans la nuit...)
Finalement c' est ma première qui fut la plus tranquille avec café et gateau à bord avec le collègue sur le retour! On a juste été surpris à l' approche de commandos marine en exercice tous feux éteints, heureusement on avait les coupe- vent POLICE rétro-réfléchissants dans la nuit!!!
Bon je vais m' arrêter la pour cette article sur le boulot car il y aurait tant de choses à raconter, faut que j' en garde pour la suite du séjour...et puis je suis sûr que la moitié d' entre vous avez déjà abandonné la lecture!!!
Pour conclure, une super expérience unique niveau boulot...
A l'occasion je mettrai un mot sur la partie secours en mer, ah, les plages, quant tu nous tiends !!!
Et pour les fans d' Ingrid, elle pense à vous et vous racontera son boulot prochainement à son tour...patience...
Ps: je rassure les lecteurs extérieurs à mes connaissances, le contenu opérationnel de mon récit se trouve dans le premier article de presse traitant du problème récemment très médiatisé de l' immigration clandestine à Mayotte...rien de confidentiel défense dans ce blog, désolé!!!
Ps 2: Danyellow et les autres voyeurs, désolé mais pas de photos d' intercetions "à chaud" vous imaginez, juste celle du kwassa naufragé récupéré au petit matin dans le lagon, et une autre de la richesse intérieure des équipements de ces charmantes petites embarcations...
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